Conférence avec Elisabeth de La Barre et Frédérique Lemarchand

Conférence peinte Frédérique lemarchand et Elisabeth de la barre
Frédérique Lemarchand Pierre Châtel

Conférence peinte avec Elisabeth de la Barre à la voix et Frédérique lemarchand en peinture en direct sur les thèmes de « Jacob et l’ange »  et de « Daniel dans la fosse aux lions » inspirés des chapiteaux de la Basilique de Vézelay.

Conférence en peinture avec Elisabeth de La Barre à la voix et Frédérique Lemarchand aux pinceaux sur le thème du Combat de Jacob avec l’Ange.

Conflits et blessures: lieux de Face-à-face intérieurs et de bénédictions.
« Tandis que le monde nourrit des affrontements dévastateurs et que les feux de la haine embrasent l’humanité, Jacob nous fait comprendre à quel point toutes ces guerres sont les projections de nos conflits intérieurs et de nos blessures non guéries, tout comme le sont les hostilités que nous entretenons dans notre vie quotidienne.
Le chapiteau de Jacob nous accueille dès la montée des marches de la basilique de Vézelay en Bourgogne pour nous encourager à entrer, comme lui, dans nos ténèbres, afin d’accomplir notre chemin de purification et d’éveil, et de devenir la paix et l’amour dont le monde a tant besoin. La lumière pure et éclatante du chœur de la basilique en est la promesse. » Elisabeth de La Barre.

Vidéo réalisée par Valérie Grenon

Lieux et dates en attente

Jacob et l'ange, Frédérique Lemarchand
Chapiteau de la basilique de Vézelay "Daniel", Frédérique Lemarchand

Séminaire « la place de la spiritualité dans le soin »

Témoignage à la faculté de médecine de Caen.
Frédérique lemarchand en visio à UFR Santé à la faculté de médecine de Caen, Amphi Curie : « La place de la spiritualité dans le soin ».
Être en bonne santé, c’est nous percevoir riches de potentialités créatrices qui dépassent notre entendement. De toutes les maladies, la seule est de mépriser son Être. La « santé » en hébreu Bériyout בריאות. Dans ce mot il y a « Maison » בית et « Lumière » אור . Nous sommes en santé lorsque nous rayonnons la lumière de l’Être. C’est la même racine que Bériyah qui signifie « la création du monde » et provient du verbe Bara = Créer.
Pour la pensée hébraïque, être en bonne santé c’est se situer dans une position de création, de recréation de soi et du monde.
Soignés & soignants, nous participons ensemble à l’élucidation de l’être « en devenir » travaillé par la dynamique de la vie divine qui nous pousse à nous dépasser grâce à une existence jalonnée d’épreuves.
Jacques Lusseyran auteur de « Et la lumière fut », tout en étant aveugle, est un voyant.
Sourd, Beethoven compose « Hymne à la joie ».
Abraham stérile est le père de la multitude.
Jacob boiteux de la hanche grâce à un combat princier avec l’ange, marche droit vers son Seigneur intérieur.
Moïse boiteux de la langue est le grand serviteur de la parole de Dieu.
Comme dit Edgar Morin « tout ce qui ne se régénère pas, dégénère. »
Séminaire soin et spiritualité à la faculté de médecine de Caen.
Présentation de Frédérique Lemarchand :
Née avec une hypertension pulmonaire artérielle sur syndrome d’Eisenmenger dont le diagnostic médical de survie était d’une petite dizaine d’années, Frédérique Lemarchand a toutefois atteint l’âge de 34 ans pour bénéficier d’une transplantation après avoir été inscrite sur liste d’attente de greffe pendant plus de 20 ans.
Frédérique fait l’expérience de la patience, de la persévérance, de la souffrance, de la solitude, de l’impuissance, du silence, d’une profonde sensibilité, d’une force surprenante de dépassement ; autant d’averses et d’éclaircies favorisant la germination spirituelle qu’elle partage principalement dans la voie artistique.
– Auteur d’un récit autobiographique et poétique le « Cantique du cœur ».
– Elle s’entretient avec Audrey Fella dans l’ouvrage « Chair Lumière ».
– Elle exposera ses peintures à Vézelay cet été, réalise des séminaires, des spectacles de peinture en direct et des conférences à suivre sur son site internet : frederiquelemarchand.com
Titre de l’intervention en visio : Science en conscience aile royalement l’âme.
Citation : L’épreuve est une dimension sacrée du chemin.
Déjouant les diagnostics médicaux de mort annoncée, Frédérique a finalement pu bénéficier d’une grande aventure humaine qu’est la greffe cœur-poumons pendant laquelle elle a vécu une mort clinique et fait une expérience initiatique pendant le coma. Tout au fond de son corps, elle s’ouvre au Souffle dans le souffle.
Grâce à l’alliance de la science et de la conscience, l’homme reste un espace d’inattendu.
Conférence :
Je suis née en 1977 avec un syndrome d’Eisenmenger non traité qui a provoqué une hypertension pulmonaire artérielle détectée à l’âge de 12 ans suite à une dyspnée à l’effort. Pour les médecins, il ne me restait que 3 mois à vivre.
Ma mère, noyée dans une souffrance intolérable à l’idée de me retrouver morte dans la maison ou le jardin, aurait préféré l’euthanasie.
Heureusement qu’à l’époque ce n’était pas envisageable en France, car en tant que mineure, je n’aurais pas eu mon mot à dire dans les passages périlleux que je traversais!
J’errais dans les couloirs des hôpitaux comme à l’état d’enfant abandonné.
Au cours de mes longues hospitalisations, la surveillante du service passait du temps à me décrire des tableaux qu’elle allait contempler dans différents musées du monde.
Sa passion pour la peinture ainsi que les reproductions d’oeuvres d’art exposées sur les murs, ouvraient en moi un horizon inimaginable.
Sur la table attenante à mon lit d’hôpital, munie d’une feuille et de crayons de couleurs, je dessinais de fabuleuses échappées.
L’art, la relation humaine, le sourire bienveillant d’un voisin de chambre, la force d’une vraie poignée de main avec le docteur, un moment de partage avec un médecin humaniste qui prend le temps de m’interroger avant de poser un diagnostic, un examen clinique consciencieux… sont les précieux premiers baumes.
Ne mourant finalement pas, je fus inscrite sur liste d’attente de greffe cœur-poumons.
Le temps passa, je devins une jeune femme mais l’impossibilité d’avoir des enfants me brisa le cœur ce qui aggrava la pathologie.
Les derniers mois d’attente de ma greffe, j’ai eu le privilège d’avoir une chambre directement au centre chirurgical grâce à l’humanité de la direction car je me débattais dans mon sang en proie à des hémoptysies cataclysmiques qui nécessitaient des cathétérismes parfois assez périlleux de plus en plus rapprochés ! Heureusement, j’adorais ce docteur avec qui j’échangeais sur sa passion pour la navigation en mer froide pendant mes interventions !
Finalement, après 20 ans d’attente de ma greffe, je fus inscrite en hyper urgence l’hiver 2012.
N’ayant pu être greffée durant les 15 jours attribués en situation d’extrême urgence, l’attente fut reconduite jusqu’à l’opération grâce à l’humanité de médecins qui ont fait fi des protocoles.
Et !!! un beau matin, je fus conduite au bloc pour la transplantation cœur-poumons.
Placée sur la table d’opération au sein d’une forêt de bistouris, je ressentais paradoxalement qu’il s’agissait d’un inexplicable rdv d’amour.
L’équipe chirurgicale, tout en s’affairant méthodiquement, me parlait et même me faisait rire.
L’un des 3 chirurgiens me demanda sur quelle musique je désirais être opérée et je fus transplantée sur la musique de Bach.
Pendant ce temps-là, une famille endeuillée, qui avait perdu un jeune être cher, prenait l’incommensurable décision que OUI, la vie est plus forte que la mort et les médecins procédèrent au prélèvement de plusieurs organes sur le donneur .
Avec les chirurgiens, nous nous recueillîmes pour bénir le Sauveur.
Il neigeait sur Paris, confiante, je fus anesthésiée le 11 février 2012 dans l’incroyable synchronicité du plus grand rassemblement mondial de prières faites pour les malades, le jour de Notre Dame de Lourdes.
Tout en étant morte cliniquement, je goûtais l’expérience d’une vie agrandie !
Ma vie est devenue vivante lorsque se tenaient à m’en écarteler, le plus terrible et le plus merveilleux en moi. Les côtes grandes ouvertes, j’ai reçu l’entièreté de cette vie de la crucifixion à la lumière. Entre les doigts des chirurgiens, s’opérait une transmutation des douleurs effarantes en extase. Le coeur arraché, j’ai reçu une naissance qui bat le rappel à la vie éternelle. Cela dépasse tout entendement. Il ne suffit pas de naître, il suffit d’entendre « je t’aime depuis toujours et pour toujours » pour vivre.
J’ai reçu l’Indicible – l’Impartageable.
Je porte désormais le souvenir physique d’une « chimie spirituelle ».
Les « experiencers », comme on nous appelle, reviennent juste pour partager cette bonne nouvelle : « Celle que derrière le pire, il n’y a rien à craindre, il n’y a que l’Amour. »
Pendant 40 jours de coma, j’ai revisité toute mon existence où je n’ai pas su donner l’amour dont je suis faite.
Dans un état léthargique physiquement, j’étais bien vivante sur un autre plan.
Je ressentais et j’entendais tout le corps médical qui s’occupait de moi.
Ambiance délicieuse d’une ruche.
J’étais reliée droit au cœur du soignant, connectée à l’essentiel ; c’est-à-dire à leurs mots, leurs intentions et leurs actes bienveillants.
Vous ne pouvez imaginer le réconfort d’une main posée sur la mienne ou lorsqu’un kiné faisait corps avec moi ou l’impact d’une phrase de soutien pendant le coma.
Par exemple, celle d’un des chirurgiens m’ayant posé sa bonne main sur mon épaule en me disant : « Tu as démâté, tu es à contre-courant mais tu vas y arriver ! » ou celle d’une aide-soignante chantant des psaumes auprès de moi.
Le premier jour du printemps, je me suis réveillée du coma.
Je les ai tous identifiés, je reconnaissais leur odeur, leur voix, la douceur du toucher et surtout leur cœur…
Par contre, j’étais complètement déboussolée au niveau temporel : ayant fermé les yeux un jour de neige et les rouvrant face au soleil !
Au fil du temps, de moins en moins de machines m’assistaient, c’était bon signe car j’allais mieux et je pouvais sortir du service de réanimation.
Revenue de l’inimaginable, j’étais étrangère à l’existence d’avant, pour mon entourage je n’étais plus celle à qui on parlait.
Une femme de l’aumônerie qui m’a énormément soutenue pendant les phases d’attente de greffe et de réa, (d’ailleurs ce sont ses grands yeux plongés dans les miens que j’ai vu en premier lors de mon réveil) ne voulait pourtant pas m’entendre parler de mon expérience de mort provisoire et l’on me faisait passer le psychiatre dans ma chambre.
J’ai alors compris qu’il valait mieux me taire.
Mais en même temps, me taire allait me tuer !
On ne revient pas indemne d’une expérience de mort et de renaissance !
D’autres, autour de moi, faisant cette même expérience de lumière, sont bien malheureusement pris pour des fous par leur entourage. Muselés, leurs témoignages étant rejetés, ils meurent rapidement.
Personnellement, j’aimerais beaucoup que ce ne soit plus un tabou afin de mettre en relation les « expériencers » qui, parfois, ne sont pas complètement revenus et demeurent dans un « entre-deux » compliqué.
Toutefois, les patients ne sont pas les seuls à côtoyer l’inexplicable !
Le chirurgien lui-même m’a témoigné que pendant l’opération, il a livré passage à plus grand que lui. Il faut avouer que cet homme aux mains d’or est sur le trône de l’humilité.
Ce même Professeur est venu me chercher dans ma chambre afin que je remonte le moral d’une patiente, alors que je venais d’apprendre que je faisais un grave rejet de greffe en 2020.
Elle était toute jeune et complètement apeurée à l’idée de se faire greffer.
Nous avons échangé sur un plan spirituel, puis, elle s’est laissée conduire en salle d’opération avec confiance, ce qui compte énormément pour la réussite de la transplantation.
Ce jour-là, cet homme inspiré a désamorcé mon angoisse du rejet.
Il a relevé 2 âmes, celle de cette jeune fille désormais greffée et la mienne.
L’évolution est un tissage d’expériences.
J’ai assisté à l’inouï en pleine pénurie de traitement pour palier au rejet de ma greffe.
Les médecins n’ont pas fait de différences dans le partage, afin de donner une chance à tous.
Les doses minorées ont été pour moi parfaites.
Je fus le témoin du miracle de l’humanité.
Une autre fois, pensant recevoir le traitement habituel, j’ai reçu autre chose et je m’en suis aperçue trop tard !
L’infirmière l’avait ajouté par cathéter veineux sans aucune explication.
Pas le temps !
Les soignants officient de plus en plus dans le stress, ils n’ont plus la même attention car nous faisons de l’homme une variable d’ajustement économique et non plus l’étalon de mesure sacrée !
Les médecins n’ont plus le temps de nous parler alors ils soignent des résultats biologiques, des comptes-rendus de scanners etc. Ils n’auscultent plus que les écrans bleus des ordinateurs, j’assiste à la déshumanisation de la médecine.
Les machines ont remplacé les humains dans mon parcours de greffée en phase aigüe de rejet, mais je n’ai pas voulu poursuivre ce chemin qui me déshumanisait.
Pour les médecins, mon refus de continuer le protocole, c’était mettre un terme à mon existence !
Loin du techno-solutionnisme, je choisis d’embrasser le cœur grand ouvert ce pays que l’on appelle la mort.
Au cœur de l’immunosuppression sévère que je traverse, je reçois la manne d’un système immunitaire spirituel.
Je suis soufflée par un Souffle, imperceptible aux instruments de mesure, et qui me permet toujours d’être parmi vous.
Je ne cherche pas à prouver la perpétuité de mon corps, ce serait infernal, je témoigne de cette vie infinie qui dépasse nos savoirs limités.
Dans ce contexte déroutant de raréfaction, voire de disparition de nos médecins, j’ai tout de même la grâce de connaître un docteur exceptionnel mais fort loin de chez moi.
Il est attentif à toutes les dimensions de l’être : corps, âme, esprit.
Ce praticien plus qu’un écoutant est un Entendant qui vient m’aider à accéder à un nouveau seuil de mon existence.
Cet accompagnement dépend de la capacité du soignant à se relier à sa propre vulnérabilité.
Dans une attitude dépassionnée, je consens petit à petit à mourir à tout ce qui me tue.
Et je m’aperçois que ne disparais pas, j’apparais en laissant de plus en plus transparaître l’amour dont nous sommes tous faits.
Le soulagement indispensable de la souffrance est une immense avancée dans la médecine.
Accompagner les êtres physiquement au bout, sans les rallonger artificiellement ni les précipiter dans la mort à l’aide de cocktails permet, selon moi, d’escorter dignement la mutation de l’homme.
C’est très beau lorsque Marie de Hennezel explique que plutôt que de faire disparaître discrètement les défunts, nous pourrions former une haie d’honneur au moment de leur naissance au ciel !
J’aurais tant voulu célébrer, de cette belle manière, nombreux départs de mes compagnons de cordée.
La mort n’est pas un échec. C’est l’amoureux accomplissement d’une alchimie de toute une existence pour que de rampants nous puissions devenir le papillon de l’être.
L’épreuve est une dimension sacrée du chemin.
Mais nous entrons dans un monde de plus en plus déshumanisé qui, ne supportant plus d’être éprouvé, se suicide. Pour moi, ontologiquement, cela nous empêche de germer spirituellement au soleil des épreuves.
Notre façon d’envisager la mort a une conséquence sur la vie.
Cette semaine, la secrétaire des greffés m’appelle, ce n’est plus la même, plus de petite attention particulière au sujet de ma peinture. Elle me joignait afin de m’expliquer que les prochains rdv se passeront par téléconsultation.
J’ai eu la chance de bénéficier de prouesses médicales, avec des équipes extrêmement humaines qui connaissaient chaque patient comme un membre de leur famille et qui pratiquaient la médecine comme un art, refusant d’entrer dans une médecine rentable, normative, dans une science exacte derrière l’ordinateur.
Pour moi, l’hôpital est en risque de devenir inhospitalié.
Ce monde numérique m’attriste car il met à mal ce que l’homme a réalisé de plus grand, notamment les transplantations qui demandent une vraie présence.
L’année prochaine, vous qui allez être au contact des patients, gardez bien à l’esprit que chaque être porte un mystère. Demandez-vous toujours au service de quoi vous agissez.
Surtout ne faites pas obstacle à l’imprévisible, en vous plaçant en position de toute puissance derrière les technologies, car ce qui soigne se niche dans la relation de confiance établie entre le patient et le soignant, cet « entre » où se déploie le principe créateur, réparateur, transformateur pour l’épiphanie de la vie.
Je suis extrêmement reconnaissante envers le système médical français qui, il y a quelques années, était encore un modèle international et qui a pris en charge ma greffe en 2012. J’ai une gratitude inouïe pour la famille du donneur, mon Sauveur et toute l’équipe des soignants.
Je remercie infiniment tous les priants grâce à qui j’ai pu rester les yeux grands ouverts là où ça fait mal et où je ne sais pas pourquoi c’est comme ça.
Car m’enfonçant dans ma chair, j’ai touché le ciel.
vidéo Chouchane Delgado
Frédérique Lemarchand

Enregistrements Podcast Métamorphose avec Anne Guesquière

2022 Le paradis est un état d’être – Frédérique Lemarchand

Anne Ghesquière reçoit dans Métamorphose Frédérique Lemarchand, artiste inspirée qui témoigne à travers l’écriture et la peinture du miracle du vivant. « Cette enfant que la vie effaçait de son livre ; Et qui n’avait même pas un lendemain à vivre, C’est moi. » nous dit Victor Hugo.
Elle démarre son bouleversant livre « Cantique du cœur » avec cette citation qui est le récit autobiographique et poétique de sa vie. Un récit hors du commun pour cette femme atteinte d’une maladie rare et qui joue depuis son enfance l’équilibriste entre la vie et la mort. Toute petite elle « s’échappe » de son lit d’hôpital grâce au dessin et à la peinture. C’est un chemin de vie extraordinaire, rempli d’amour et de lumière. Un podcast rare qui nous enseigne que rien ne nous ai donné pour nous écraser mais comme force d’apprentissage. Épisode
#293

Livre « Cantique du coeur »

2023 Rencontre avec notre être profond – Audrey Fella et Frédérique Lemarchand

Anne Ghesquière reçoit dans Métamorphose Audrey Fella et Frédérique Lemarchand, l’une est historienne et essayiste et a beaucoup écrit sur la spiritualité et l’autre artiste-peintre poétesse. Aujourd’hui, avec Audrey et Frédérique approchons-nous des mystères de l’âme et du souffle de vie. Plongeons au plus profond de nous-même. Et ensemble, tentons de toucher du doigt le souffle le miracle. Épisode #442

Livre « Chair Lumière »

Photo 1 : Michel Joly
Photo 2 : Heko Köster
Photo 3 : Hervé Donnezan

frédérique lemarchand pont saint esprit
Frédérique Lemarchand et Audrey Fella
Chair Lumière de Frédérique Lemarchand écrit par Audrey Fella

Témoignage en faculté de médecine

PREMIER SÉMINAIRE UFR SANTÉ

« La place de la spiritualité dans le soin ».
Texte de mon intervention à la fac de médecine de Caen « La place de la spiritualité dans le soin ».
Titre : L’épreuve est une dimension sacrée du chemin.
Conférence : « J’ai la chance d’être née malade.
Maladie incurable selon les médecins.
L’annonce de ma mort a fait place nette autour de moi, l’entourage désespéré n’étant accompagné ni psychologiquement ni spirituellement s’écarta.
Je vis pleinement la mort comme une ascèse.
Ma croix n’est pas condamnante mais libérante, elle est chargée de pratiquer dans mon cœur l’ouverture désirée.
Être seule dans les couloirs de la mort m’a irradiée de songes.
Pas d’écran pour mes rêveries.
Au cours de mes longues hospitalisations, la surveillante du service passait du temps à me décrire des tableaux qu’elle contemplait dans différents musées du monde.
Sa passion pour la peinture ainsi que les reproductions de toiles exposées dans tout l’hôpital ouvraient en moi un horizon inimaginable.
Sur la table attenante à mon lit d’hôpital, munie d’une feuille et de crayons de couleurs, j’ouvrais le portillon de fabuleuses échappées.
Je peignais les aiguilles du cèdre plongées dans le ciel devant ma fenêtre, je donnais des miettes de pain aux oiseaux, je contemplais la lumière tremblante dans le verre sur la table d’hôpital, je plongeais dans des cuves atomiques de silence et je ressens, à l’heure où je vous parle, que tous ces émerveillements tout simples ont traversé mes peines.
L’art, la poésie, la nature, la beauté, la relation humaine, un sourire bienveillant, l’émotion d’un médecin, la force d’une vraie poignée de main, un examen clinique avec un Docteur consciencieux… étaient mes premiers baumes étincelants.
Ne mourant pas, je fus inscrite sur liste d’attente de greffe cœur-poumons.
Contre toute attente, je devins une jeune femme mais l’impossibilité d’avoir des enfants me brisa le cœur. Cela aggrava la pathologie et me propulsa vers un accouchement totalement nouveau.
Les derniers mois d’attente de ma greffe, je fus conduite directement au centre chirurgical car je me débattais dans mon sang en proie à des hémorragies cataclysmiques.
Finalement, après 20 ans d’attente de ma greffe, je fus inscrite en hyper urgence.
Allongée sur le lit d’hôpital, je retranscrivis un songe sur papier avec des fusains : il s’agissait d’une femme ailée avec un enfant en son cœur.
Les médecins très inquiets parlaient entre eux comme si je n’étais plus qu’un objet.
Avoir dessiné cet enfant dans le cœur n’était pas très normal, cela signifiait, selon eux, que l’oxygène n’irriguait plus très bien mon cerveau !
Je n’eus pas le temps de leur exprimer la portée symbolique de cette autre naissance que je fus conduite au bloc pour la transplantation cœur-poumons.
J’étais face à ma plus grande peur, sur la table d’opération au sein d’une forêt de bistouris, je ressentais paradoxalement qu’il s’agissait d’un inimaginable rdv d’amour.
Pendant ce temps-là, une famille endeuillée prenait l’incommensurable décision que OUI, la vie est plus forte que la mort et les médecins procédèrent au prélèvement de plusieurs organes sur le donneur .
Avec les chirurgiens, nous nous recueillîmes pour bénir le Sauveur.
Confiante, je m’endormis dans un flocon de neige le 11 février 2012 dans l’incroyable synchronicité du plus grand rassemblement mondial de prières faites pour les malades, le jour de Notre Dame de Lourdes.
Morte cliniquement, je goûtais l’expérience d’une vie agrandie !
J’ai reçu l’Indicible – l’Impartageable et en même temps me taire allait me tuer.
Les « experiencer », comme on nous appelle, reviennent juste pour partager le Pain de cette bonne nouvelle : « Celle que derrière le pire, il n’y a rien à craindre, il n’y a que l’Amour. »
Pendant le coma, j’ai revisité toute mon existence où je n’ai pas su donner l’amour dont j’étais faite.
Dans un état léthargique physiquement, j’étais grande vivante sur un autre plan.
Je ressentais et j’entendais tout l’environnement médical qui s’occupait de moi.
J’étais reliée droit au cœur du soignant. J’étais connectée à l’essentiel ; c’est-à-dire à tous les mots, les intentions et les actes bienveillants.
Vous ne pouvez imaginer le réconfort d’une main posée sur la mienne ou lorsqu’un kiné faisait corps avec moi ou l’impact d’une phrase de soutien pendant le coma.
Par exemple celle d’un des chirurgiens m’ayant posé sa bonne main sur mon épaule et me disant : « Tu as démâté, tu es à contre-courant mais tu vas y arriver ! » ou celle d’une aide-soignante chantant des psaumes auprès de moi.
À mon réveil, je les ai tous identifiés, je reconnaissais leur odeur, leur voix, la douceur du toucher et surtout leur cœur…
Revenue de l’inimaginable, j’étais étrangère à l’existence d’avant, pour mon entourage je n’étais plus celle à qui on parlait.
On ne revient pas indemne d’une expérience de mort et renaissance !
J’ai sacrément mûri au soleil des épreuves !
Pour cela, il s’agit de ne pas voir l’épreuve comme une malédiction mais bien comme une Bénédiction.
La révélation de l’épreuve est dans ce regard Princier que nous lui portons.
Lorsque nous nous victimisons, nous piétinons la force de mutation en nous.
Ma chance est d’avoir traversé des situations au-dessus de mes forces où la Grande Vie a pu faire irruption dans ma petite vie.
Le chirurgien lui-même m’a témoigné que pendant l’opération, il a livré passage à plus grand que lui. Il faut avouer que cet homme aux mains d’or est sur le trône de l’humilité.
Ce même Professeur est venu me chercher dans ma chambre afin que je remonte le moral d’une patiente, alors que je venais d’apprendre que je faisais un rejet de greffe dramatique.
Elle était toute jeune et complètement paniquée à l’idée de se faire greffer.
Nous avons échangé sur le plan spirituel puis, elle s’est laissée conduire en salle d’opération avec une confiance absolue, ce qui compte énormément pour la réussite de la transplantation.
Ce jour-là, cet homme inspiré a désamorcé la menace thermo-nucléaire du rejet en moi.
Il a relevé 2 âmes, la jeune fille désormais greffée et moi.
Allons ensemble, soignants et soignés, science et foi, main dans la main.
Laissons-nous inspirer.
Prenons soin de la dimension entre le savoir et l’espoir.
Non, je ne suis pas morte à toutes les annonces de mort de certains médecins !
Je ressentais que ces collapsologues étaient dans le déni de l’imprévisible !
Quelque chose m’a délivrée des statistiques et m’a soufflée dans un espace inconnu pour la tête mais reconnu par le cœur.
Il est vital de nous ouvrir humblement à ce Principe de vie que nous portons tous comme le programme d’un potentiel insoupçonné.
Je ne cherche pas à prouver la perpétuité de mon corps, ce serait infernal, je témoigne de cette vie infinie qui dépasse nos savoirs limités.
Car pire que de tuer des corps est d’éteindre des âmes qui restent clouées aux diagnostics sans espoir, remettons-nous humblement aux forces de l’Esprit.
La médecine devrait prendre en considération tous ces récits qui passent au-delà du rationnel – ils sont sacrés.
Ce serait un vivier d’expériences permettant à la fois de conforter la force de mutation de chacun des patients et, de garder le soignant de l’orgueil de la toute puissance.
L’évolution n’est qu’un tissage d’expériences.
Je suis extrêmement reconnaissante envers la société française qui a pris en charge ma greffe, j’ai une gratitude inouïe pour la famille du donneur, mon Sauveur et toute l’équipe des soignants.
Mais aujourd’hui le système est à bout de souffle.
Nous sommes dans l’impasse mortifère des affairements d’impuissances qui font de l’homme une variable d’ajustement économique et non l’étalon de mesure sacrée !
Nous nous trompons de cible, l’accomplissement ontologique de l’Homme est primordial.
Cette crise est la chrysalide d’une métamorphose pour que notre médecine déploie ses ailes “science et conscience”.
Aujourd’hui, les soignants officient dans le stress, ils n’ont plus la même attention.
Le personnel malmené est complètement écrasé par le bulldozer de la finance.
Pourtant, j’ai assisté à l’inouï en pleine pénurie de traitement pour palier au rejet de greffe.
Les médecins n’ont pas fait de différences dans le partage afin de donner une chance à tous.
Les doses minorées ont été pour moi parfaites.
J’étais le témoin du miracle de l’amour, assistant à une invraisemblable multiplication du remède!
Au cœur de ce broyage se déploie en moi un Principe de vie qui sauve tout.
Mon aventure intime est greffon de résurrection.
Je suis soufflée par un Souffle imperceptible aux machines.
Au cœur d’une immunodépression sévère, je reçois la manne d’un système immunitaire spirituel.
Dans ce contexte déroutant, j’ai rencontré un médecin généraliste qui allie la science à la conscience.
Allongée sur sa table d’auscultation, pleinement présent à La présence, il a placé une main sur ma poitrine, une autre sur mon ventre et m’a accompagnée dans l’agonie que je traversais car mon cœur et mes poumons sont épuisés.
Là où la médecine techniciste me branchait aux machines qui me déshumanisaient pour prolonger un peu mon corps physique, ce Docteur m’a escortée dans une pratique inédite de la Paix face à ce qui est. Je ne subis plus les machines, je choisis d’embrasser le cœur grand ouvert ce pays que l’on appelle la mort. Je n’oublie pas que nous sommes des êtres éternels faisant une expérience de mortel.
Avec ce médecin, j’apprends à plonger dans l’abîme, je m’enfonce dans l’asphyxie, je suffoque… J’entre dans le naufrage calmement.
Je ne suis plus en réflexe de survie, je baisse les armes.
Les convulsions sont libres d’être.
Plus rien ne me défend et c’est précisément cela ma vraie Défense.
Les spasmes deviennent prières, je ne suis plus qu’un corps de prières.
Mon cœur reste ouvert, c’est un OUI dans chacune de mes cellules, dans chacun de mes ressentis… mon corps est un lieu de passage.
Au fond de la matière, mon cœur touche le mystère.
Je deviens libre de la souffrance.
Un tel accompagnement dépend de la capacité du soignant à se relier à sa propre vulnérabilité.
Ce médecin plus qu’un écoutant est un Entendant qui vient m’aider à accéder à un nouveau seuil de mon existence.
Il vient de me permettre de m’abandonner le cœur ouvert.
Comme une sage-femme, il m’aide à naître à l’amour.
Mon corps accueille sa mutation dans la grâce, sans la devancer ni la ralentir.
Dans une attitude dépassionnée, je consens petit à petit à mourir à tout ce qui me tue.
Je ne disparais pas, j’apparais en laissant transparaître l’amour glorieux.
Le soulagement indispensable de la souffrance est une immense avancée dans la médecine.
Accompagner les êtres physiquement au bout, sans les rallonger artificiellement ni les précipiter à l’aide de cocktails afin qu’ils éprouvent consciemment le temps initiatique du trépas, est capital pour escorter dignement la Mutation de l’homme.
C’est très beau lorsque Marie de Hennezel explique que plutôt que de faire disparaître discrètement les défunts, on pourrait faire une haie d’honneur au moment de leur naissance au ciel ! J’aurais tant voulu célébrer de cette belle manière, nombreux départs de mes compagnons de cordée.
Grâce à l’E.M.I (Expérience de Mort Imminente), je vous témoigne que le chaos est surmonté, je vous promets que derrière le pire, l’amour nous attend ; c’est la bonne nouvelle. Tout est VIE :
« Je sors de la vie et j’entre en vie » disait Christiane Singer dans les derniers fragments de son incarnation.
Mais ce n’est pas nous qui quittons le monde, c’est le monde qui nous quitte !
Je suis profondément reconnaissante devant le miracle des prières et des pensées aimantes que beaucoup de personnes ont fait, font toujours et feront pour moi.
Grâce à cette insurrection de vibrations invisibles, tellement tangibles, j’ai pu rester les yeux grands ouverts là où ça fait mal et où je ne sais pas pourquoi c’est comme ça.
M’enfonçant dans ma chair enveloppée des prières, j’ai touché le ciel.
On se hisse les uns les autres dans tout ce que nous accomplissons.
L’expérience de la Beauté de la nature grâce aux splendides arbres dans le parc du centre chirurgical ou celle de mes émerveillements devant les oeuvres d’art exposées dans l’hôpital de ma jeunesse;
l’expérience de l’Amour grâce à des êtres de coeur dévoués à leur vocation de soignants qualifiés en médecine intégrative ;
l’expérience de l’Epreuve dynamisant en moi les Forces de dépassement;
La Beauté, l’Amour, l’Epreuve sont des portes d’accés à l’action de grâce.
Je viens partager parmi vous, que lorsque le plus fort porte le plus faible, lorsque l’Homme dans sa mutation orchestre les soins médicaux, c’est l’ouverture essentielle au mystère qui nous dépasse car au fond du fond, nous ne sommes maîtres de rien.
Ensemble, chers patients de demain, vous, étudiants qui vous destinez à exercer l’un des métiers les plus grands du monde, harmonisons la science et la conscience comme la mélodie et le rythme, car la symphonie de la vie est Une sur le tambour du cœur. »
Je remercie Clément Gourand qui a extrait ma vidéo de la journée pour pouvoir vous la partager.
Sur ces 2 liens vous avez accès à toute la journée:
• Pr Grégoire MOUTEL
• Dr Thierry GANDON
• Dr Vincent FOUQUES DU PARC
• Pr Grégoire MOUTEL
• Jean Marie GOURVIL : « Le soin et le retour de la spiritualité, perspectives historiques »
• Pr Jacques LUET : « Faits religieux et faits spirituels : distinguer sans séparer « 
• Pascaline LANO :  » La laïcité : contrainte ou opportunité ? »
• Jean Marie GOURVIL
• Josiane PORRET-RUBIN Ph. D :  » Écoute de l’être global en milieu de soin « 
• Michel FROMAGET :  » Aperçus sur quelques fondamentaux de l’anthropologie Corps-Ame-Esprit »
• Pr Jacques BESSON :  » La clinique du sens « 
• Elisabeth de la BARRE « le sens de l’épreuve »
• Bertrand VERGELY : « Prendre soin de son être »
• Philippe DAUTAIS : « L’épreuve, la maladie : calamité ou occasion à saisir « 
• Frédérique LEMARCHAND :  » Je ne suis pas née vivante, je le deviens »
• Dr Jean-Guilhem XERRI :  » Le soin dans tous ses états « 
• Dr Francis GHEYSEN :  » De la neuroscience cérébrale à la thérapie fondée sur la compassion « 
• Dr Abdelkader ZOULIM : « Posture du soignant inspiré par la rencontre de la dignité de l’autre »
 » Le mindfulness au service de la compassion « 
• Dr Francis GHEYSEN

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