Spectacle – Pont-Saint-Esprit (30)

16 juillet à 18h  : Spectacle de peinture en direct / Dédicace au Prieuré Saint-Pierre à Pont-Saint-Esprit.

Réservations – Informations :04 66 82 19 70
06 37 32 39 92

Frédérique Lemarchand peinture en direct

Article dans la revue REFLETS été 2021

L’avenir de la foi est le thème de la revue REFLETS janvier-février-mars 2021
J’ai rédigé un article sur ce thème aux côtés de Père André-Marie, Sofia Stril-Rever, Denis Marquet, Cécilia Dutter, Boris Cyrulnik, Bertrand Gonin, Père Pascal Sauvage, Philippe Guillemant, Lama Lhündroup, Jacqueline Kelen.

 

« Qu’est-ce que la foi?

Irréductible à un langage explicatif, la foi s’éprouve lors d’une expérience profonde et secrète au creux de la solitude d’un veilleur. La foi, c’est s’atteindre soi-même en touchant le plus brûlant de l’existence humaine. La foi passe à pied sec le petit ruisseau de la mort. C’est le surgissement du « je suis » ardent au coeur de l’anéantissement. L’organe par lequel se perçoit cette marque de foi est l’amour fou et tous ceux qui ont cette empreinte de feu l’auront jusque dans la mort. De cet état d’être, la mort est morte, je deviens la foi que je suis.

Peut-on augmenter sa foi? Comment?

Dans mes jeunes années, occupée aux travaux des champs, il m’arrivait de tressaillir du haut de la remorque que j’avais méthodiquement chargée de petites bottes de foin que mon père m’envoyait à grands jets de fourche. Au moment de redescendre de ce monticule brinquebalant, mon père criait: « Saute! » et je lui répondais: « Je ne te vois pas ! » et il répliquait: « Ce n’est pas grave, ce qui compte c’est que moi je te vois. Allez ! Saute ! ». Le coeur exultait et je plongeais cul par-dessus tête. Ce saut enfantin est le sommet de l’expérience humaine. À l’heure où j’écris, des petites bottes de foi inébranlable sont dans l’étable de mon coeur.
Nous sommes naturellement faits pour braver des choses simples qui augurent aux grands combats intérieurs pour devenir de véritables titans spirituels. En réalité, lorsque nous n’avons pas pris contact avec cette intériorité notre vie en dépend. L’Homme, s’il ne se retourne pas vers l’intérieur, n’est pas !
Dans la période obscure confinée dans le mortifère confort tout sécuritaire que nous traversons, l’irréel contamine au galop de la peste. Les écrans font écran à la croissance de notre force intérieure qui ne peut s’acquérir que dans un corps à corps avec le réel. Personnellement, je débranche cette cavale digitale infernale et préfère perdre à ce monde-là pour ne pas me perdre. C’est-à-dire ne pas perdre le mystère irréductible que chacun est. Je refuse d’être cloîtrée à l’extérieur de mon coeur d’une richesse inouïe.
Depuis que l’air s’est engouffré par la vitre illusoire brisée, j’encharnelle la vie vivante où être n’est pas seulement suivre l’écoulement d’une existence, c’est continuellement faire acte de foi. Le préalable à cette vraie vie, c’est-à-dire une vie qui est une aventure à se risquer, est le retour à l’esprit d’enfance. Ce ne sont pas nos réalisations extérieures qui comptent mais l’esprit dans lequel nous sommes. L’Esprit est ma tenue dans le monde.

Est-ce qu’en ce moment la foi se développe dans le monde?

En surface, nous sommes tous très différents. Certains sont ivres de la lumière de la vie, d’autres s’égarent parmi les morts, résignés à l’asphyxie. Il y a ceux qui se repaissent du monde de l’avoir tandis que d’autres lui échappent à jamais. Mais, dans la liberté intime insécable de notre être, nous sommes Un. Un, qui ne dépend de rien d’extérieur. Sous le bourbier barbare du piétinement de la peur, par dessous ce monde on se rejoint où il n’y pas de commencement ni de fin, c’est notre rendez-vous d’amour.

Peut-on y faire quelque chose?

Loin du sable mouvant de notre ensevelissement tellement prévisible, nous pouvons nous engager intérieurement dans un retournement radical. Cet acte de foi à pleine confiance que rien n’assure préserve le monde du pire. Cette situation apocalyptique permet le bouche à bouche de la révélation. La peinture emmazoutée de Pierre Soulages ne s’éclaire-t-elle pas d’une foi surprenante? Ne nous installons pas dans le sombre Titanic de nos certitudes, nous allons être remis à jour. Puisqu’aujourd’hui tout a été détruit, la foi invite a rejoindre l’insubmersible.

Est-ce que toutes les fois sont égales?

Tous les chemins convergent vers l’infini de l’instant pur, sur la fine pointe diamantaire de toute éternité. C’est le mystère de tous les sangs de Dieu qui anime le pic de résurrection. Mystère divinement insaisissable car on ne peut capturer l’éternel. C’est la terrible tentation que de détenir la preuve du mystère pour le donner au monde marchand qui en perd miraculeusement sa vibration. Cela reste une expérience irréductible qui ne se partage pas et nous couronne à la percée de nos têtes pleines à tout péter ! Nous sommes simplement témoins d’un tressaillement de Joie imprenable dans nos entrailles.

Quel est l’avenir de la foi?

Que je vive ou que je meurs, je suis foi vivante. Mourons amoureusement à tout ce qui nous tue et entrons dans la danse d’amour fort capable de toutes les mutations. La dégradation inévitable provoque l’enfantement de ce qu’il y a de meilleur, c’est-à-dire l’oeuvre de foi qui défie toute prévisibilité et nous conduit où nous ne savons pas.
AMEN »

article dans la revue Reflets de Frédérique Lemarchand