Revue « Reflets 2021 »

L’avenir de la foi est le thème de la revue REFLETS janvier-février-mars 2021 J’ai rédigé un article sur ce thème aux côtés de Père André-Marie, Sofia Stril-Rever, Denis Marquet, Cécilia Dutter, Boris Cyrulnik, Bertrand Gonin, Père Pascal Sauvage, Philippe Guillemant, Lama Lhündroup, Jacqueline Kelen. revue.reflets

« Qu’est-ce que la foi?

Irréductible à un langage explicatif, la foi s’éprouve lors d’une expérience profonde et secrète au creux de la solitude d’un veilleur. La foi, c’est s’atteindre soi-même en touchant le plus brûlant de l’existence humaine. La foi passe à pied sec le petit ruisseau de la mort. C’est le surgissement du « je suis » ardent au coeur de l’anéantissement. L’organe par lequel se perçoit cette marque de foi est l’amour fou et tous ceux qui ont cette empreinte de feu l’auront jusque dans la mort. De cet état d’être, la mort est morte, je deviens la foi que je suis.

Peut-on augmenter sa foi? Comment?

Dans mes jeunes années, occupée aux travaux des champs, il m’arrivait de tressaillir du haut de la remorque que j’avais méthodiquement chargée de petites bottes de foin que mon père m’envoyait à grands jets de fourche. Au moment de redescendre de ce monticule brinquebalant, mon père criait : « Saute ! » et je lui répondais : « Je ne te vois pas ! » et il répliquait : « Ce n’est pas grave, ce qui compte, c’est que moi je te vois. Allez ! Saute ! ». Le cœur exultait et je plongeais cul par-dessus tête. Ce saut enfantin est le sommet de l’expérience humaine. À l’heure où j’écris, des petites bottes de foi inébranlable sont dans l’étable de mon cœur.
Nous sommes naturellement faits pour braver des choses simples qui augurent aux grands combats intérieurs pour devenir de véritables titans spirituels. En réalité, lorsque nous n’avons pas pris contact avec cette intériorité notre vie en dépend. L’Homme, s’il ne se retourne pas vers l’intérieur, n’est pas !
Dans la période obscure confinée dans le mortifère confort tout sécuritaire que nous traversons, l’irréel contamine au galop de la peste. Les écrans font écran à la croissance de notre force intérieure qui ne peut s’acquérir que dans un corps à corps avec le réel. Personnellement, je débranche cette cavale digitale infernale et préfère perdre à ce monde-là pour ne pas me perdre. C’est-à-dire ne pas perdre le mystère irréductible que chacun est. Je refuse d’être cloîtrée à l’extérieur de mon cœur d’une richesse inouïe.
Depuis que l’air s’est engouffré par la vitre illusoire brisée, j’encharnelle la vie vivante où être n’est pas seulement suivre l’écoulement d’une existence, c’est continuellement faire acte de foi. Le préalable à cette vraie vie, c’est-à-dire une vie qui est une aventure à se risquer, est le retour à l’esprit d’enfance. Ce ne sont pas nos réalisations extérieures qui comptent, mais l’esprit dans lequel nous sommes. L’Esprit est ma tenue dans le monde.

Est-ce qu’en ce moment la foi se développe dans le monde?

En surface, nous sommes tous très différents. Certains sont ivres de la lumière de la vie, d’autres s’égarent parmi les morts, résignés à l’asphyxie. Il y a ceux qui se repaissent du monde de l’avoir tandis que d’autres lui échappent à jamais. Mais, dans la liberté intime insécable de notre être, nous sommes Un. Un, qui ne dépend de rien d’extérieur. Sous le bourbier barbare du piétinement de la peur, par dessous ce monde on se rejoint où il n’y pas de commencement ni de fin, c’est notre rendez-vous d’amour.

Peut-on y faire quelque chose?

Loin du sable mouvant de notre ensevelissement tellement prévisible, nous pouvons nous engager intérieurement dans un retournement radical. Cet acte de foi à pleine confiance que rien n’assure préserve le monde du pire. Cette situation apocalyptique permet le bouche-à-bouche de la révélation. La peinture emmazoutée de Pierre Soulages ne s’éclaire-t-elle pas d’une foi surprenante ? Ne nous installons pas dans le sombre Titanic de nos certitudes, nous allons être remis à jour. Puisque aujourd’hui tout a été détruit, la foi invite à rejoindre l’insubmersible.

Est-ce que toutes les fois sont égales?

Tous les chemins convergent vers l’infini de l’instant pur, sur la fine pointe diamantaire de toute éternité. C’est le mystère de tous les sangs de Dieu qui anime le pic de résurrection. Mystère divinement insaisissable car on ne peut capturer l’éternel. C’est la terrible tentation que de détenir la preuve du mystère pour le donner au monde marchand qui en perd miraculeusement sa vibration. Cela reste une expérience irréductible qui ne se partage pas et nous couronne à la percée de nos têtes pleines à tout péter ! Nous sommes simplement témoins d’un tressaillement de Joie imprenable dans nos entrailles.

Quel est l’avenir de la foi?

Que je vive ou que je meurs, je suis foi vivante. Mourons amoureusement à tout ce qui nous tue et entrons dans la danse d’amour fort capable de toutes les mutations. La dégradation inévitable provoque l’enfantement de ce qu’il y a de meilleur, c’est-à-dire l’œuvre de foi qui défie toute prévisibilité et nous conduit où nous ne savons pas.
AMEN »

3e Millénaire 2020

L’enfant intérieur est le thème de la revue 3e MILLENAIRE trimestrielle décembre 2020 N°138.

J’ai rédigé un article avec Dominique Schmidt, José Le Roy, M-F & E. Ballet de Coquereaumont, Isabelle Trizac, Stephen A. Diamond, Lorène Le Roy, Caroline Jambon, Margaret Paul, Dat Phan, Franck Terreaux, Didier Mouturat, Jean Bousquet, Thierry Thouvenot, Dominique Casterman, B. Boisson, Glenn Albrecht, F. Lemarchand, Malo Aguettant, Anna Guéga.

revue3emillenaire.com

« L’Enfant intérieur ?

Ma naissance à l’Enfant est dans une volte-face. Il est en moi et moi en Lui tel que je le perçois à l’instant où je me retourne vers l’intérieur.

À bord de l’arche de mon corps où j’habite, habite l’univers entier, toute l’entière création avec les spirales des galaxies.

La coque de mon corps physique a endossé l’expérience de l’enténèbrement au gré d’une pathologie cardio-pulmonaire congénitale. Désormais, cette aventure m’initie à mesure que je combats contre la maladie, je la deviens et me mortifie. Lorsque je ne me tourne plus vers l’écran des certitudes mais m’oriente vers l’invisible, s’ouvre un imprévisible horizon dans ma cage thoracique qui finalement me conduit à une greffe inespérée.

Un fracassant tronçonnage a permis des mutations successives à mon corps passant tour à tour de l’état de corset de la maladie à celui d’écrin de Ce qui m’habite et me dépasse. C’est au plus faible de mon état physique que s’est délivré en moi le plus Fort de cette révélation. L’expérience de la vulnérabilité du corps soumis aux lois de la dégénérescence a pratiqué en moi l’ouverture désirée pour laisser naître l’Enfant intérieur et le faire croître.

C’est un retournement radical de l’état d’exil de moi-même à l’ontologie de ma personne. D’ici, l’ombre devient potentiel d’accomplissement de Ce qui vit en moi et rayonne à travers toutes mes façons d’être au monde. Lorsque l’Être intérieur et moi ne faisons qu’un, le chant de l’Esprit se propage comme une onde vibratoire dont je suis L’oeuvre.

Depuis la vertigineuse transplantation, mes nouveaux poumons sont comme l’extrapolation des ailes de l’impossible et mon coeur nouveau est la présence pure de l’invincible Amour. Le Christ est mort et ressuscite en moi.

Le système de défense immunitaire HLA (typage des antigènes d’histocompatibilité) de mon corps est désarmé volontairement par une lourde thérapeutique pour ne pas rejeter le greffon qu’il ne reconnaît pas comme le soi. Cette étape qui « m’immunosupprime », n’est-ce pas la parabole d’une divine manipulation afin qu’Il croisse et que je diminue?

En vérité, le Christ est mort et ressuscite en nous tous. Le grand corps de l’humanité toute entière reçoit cette bouture divine dans la mesure où nous sommes capables de supporter Cette grandeur.

Nous sommes sur un baril d’or cellulaire qui recèle bien plus que tous nos savoirs.

À l’état inconscient, nous sommes assis sur nos monceaux d’or et de chiffres jouissant de nos richesses extérieures. Les feux ravageurs, les éléments redoutables pulvérisent toutes nos constructions illusoires. La beauté se dissimule sous un suaire de cendres. Tant que nous ne nous retournons pas vers ce noyau fondateur à l’intérieur de nos profondeurs, l’extérieur est le théâtre sanglant de notre inconscience. Les martyrs extérieurs que sont les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, le suicide tragique des adolescents, les cancers des nouveaux nés … dévoilent notre amnésie de l’Enfant intérieur.

Du milieu de l’affliction jaillit pourtant des entrailles de la terre l’imprévisible beauté pour celui qui, à la dérobée d’Hérode, a sauvé, en son coeur, l’Enfant.
Ce petit rien irréductible qui peut faire lever toute la pâte de l’humanité.

Ne succombons pas au nihilisme ambiant car, ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas d’un effondrement mais bien des douloureuses contractions d’un enfantement.
Dans le fond du fond, ce n’est pas ce qui se passe qui compte mais bien notre réponse à ce qui est. Ma réponse est toujours oui, tout est béni dans une gratitude inouïe depuis l’avènement de mon Être intérieur. Se « royaumise » en moi le buisson de la Joie qui dilate ma substance jusqu’à sa transparence comme l’ardent soleil transperce le vitrail où flambe tout entier le mystère de l’Enfant.

Retournons-nous vers l’intérieur, vers l’ouvert.
D’ici, le fruit est inéluctable, et commence alors à l’insu de tout, de battre dans notre poitrine, un innocent coeur d’Enfant. »